Partager l'article ! Journal d'un cinémateur: Ce n'est pas par égotisme que je dis je. C'est parce qu'il n'y a pas d'autre moyen de raconter vite, lançait ...
Les
étoiles, le ciel et la terre. Les arbres, les fleurs et la mer. Un jour je suis, l'autre j'étais.
Les secondes, les minutes et les heures ...
Je suis le temps parfois qui pleure. Je suis l'instant parfois bonheur. Je suis l'instant parfois douleur.
Une idée, un sourire ou même un rire ...
Je suis les mots que l'on écrit simplement. Je suis les mots pris d'un pouvoir charmant.
Une feuille de papier encore toute blanche. Une plume, un encrier, j'attends qu'il relève sa manche.
Lui qui m'apprivoise, qui me donne la vie !
C'est écrivain qui mot à mot fait de moi une poésie ...
Ce n'est pas par égotisme que je dis je.
C'est parce qu'il n'y a pas d'autre moyen de raconter vite, lançait Stendhal au seuil de ses Mémoires d'un touriste.
Mais était-ce bien là l'unique raison ?
Le je suppose un tu, un lecteur imaginaire avec qui l'on se plaît à causer, une sorte d'ami idéal, qui, sachant écouter, épargne à celui qui se pique d'écrire la posture quelque peu ridicule du
prophète clamant dans le désert.
Je me suppose donc aujourd'hui un lecteur, grave et responsable, une fourmi familière qui me demanderait :
" Que faisiez-vous aux temps chauds ? "
Je ne pourrais lui répondre sans mentir :
" Je me suis mis à l'ombre, dans les salles obscures. "
Non, comme tout à chacun, j'ai joué ma cigale, bien que doué d'une voix de fausset égalant dans l'inaudible celle de Louis XV ou de Napoléon.
Cette chronique qui ne s'écrivait pas m'était un remords, lorsque je m'ébattais dans la Grande Bleue passablement grisâtre, comme le phoque qui, tout près, multiplie les grâces dans l'embouchure
de la Touques, ou quand, à longs traits, je m'abreuvais les yeux de mes verts pâturages.
Mais j'avais une excuse toute trouvée :
L'offre des écrans d'alentour ne correspondait en presque rien à ma demande.
Je m'en doutais ;
Aussi à la fin d'un mois de juin, quand on nous caniculait à l'avance, avais-je pris quelques précautions.
Mais, cueilli à chaud par ces prémices brûlantes, je m'étais laissé aller à ne pas prendre de notes.
Que me reste-t-il de ces films de début de cet été ?
Je me souviens de Douches froides, que j'avais peut-être élu par son titre rafraîchissant, un film du réel, refusant tout pathos dans sa description d'une famille française dans la gêne
(les douches froides étant ici des douches d'inconfort, afin d'éviter que la consommation d'eau chaude n'entraîne la coupure de l'électricité).
Ce film d'apprentissage restitue très sensuellement et très finement le vertige passager quand le héros tente de sauter par-dessus le fossé économique et culturel séparant les classes
sociales.
" Douches froides "
Réalisé par Anthony Cordier (2005)
