Le vertige, ivresse de notre semence qui éternellement semé par nos soupirs de rêveries, épongés par nos âmes hagardes, sur un simple choc devient un
Alors l'ivresse, délire d'une mer de grains, tisse dans son errance sans limite, la lumière de nos désirs cachés et s'étale sur nos
corps comme un manteau.
Les lignes courent et mon esprit s'ouvre ...
Des cris étouffés par tout le bruit, des rêves qui se meurent.
Un jardin secret qui se découvre, une ballade où la peine souffre ...
Naufragé comme un " bateau ivre " éclaté à grands coups d'encre.
Une plume aux illusions perdues, cherche sa fin.
Des évocations, le pourquoi du commencement ...
Les mots s'épuisent en vain.
Indécision, triste, sentiments de plaisirs, entassés pour demain !
¤ Dans les clapotements furieux des marées
Dans l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants
Je courus !
La tempête a béni mes éveils maritimes
Plus léger qu'un bouchon, j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots
Un décor qui s'assombrit, des tempêtes sonnent comme des cloches
C'est comme un cancer qui ronge, qui mine, programmer sa mort certaine
mais pas divine ...
Salir mon infinie blancheur, je ne suis de ma plume que le complice
C'est elle qui, sur mes mots se glissent ...
Un soleil vient mourir sur la ligne d'horizon ...
Verlaine avait ressenti cette sensation, sentiment de médiocrité avec une soif d'amour ... Immense !
De l'angoisse aussi, du doute, de la peur et du mal
¤ Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin
Et dès lors je me suis baigné dans le poème
De la mer, infusé d'astres et lastescent
Dévorant les azurs verts où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend
Aveux et rumeurs face à l'apesanteur, déclinent sans accent et s'inverse dans l'éther.
Déclinaison de sens, dans un climat électrique chargé d'atomes !
Effet de sens, souffle alambiqué qui m'envoûte.
Pénitence de mon coeur en souffrance, mon âme erre entre silence et absence, saigné par un passé sans armure.
¤ Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants ; je sais le soir
L'aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir
J'ai vu le soleil bas taché d'horreurs mystiques
Illuminant de longs figements violets
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets
Imagination singulière qui rend visible l'invisible à dévoiler le caché, à nous faire accéder aux régions où le voir devient vision et le langage, instrument d'une
opération de dépassement du réel.
Je ne peux plus dormir ... Tant de rêves s'étaient accumulés en moi.
¤ J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies
Baisers montant aux yeux des mers avec lenteur
La circulation des sèves inouïes
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs
J'ai heurté, savez-vous ! D'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de pathères, aux peaux
D'hommes des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux
Moi, bateau perdu sous les cheveux des anses
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau
Mais j'ai trop pleuré. Les aubes sont navrantes
Toute lune est atroce et tout soleil amer
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes
Oh ! Que ma quille éclate ! Oh ! Que j'aille à la mer !
L'éveil de notre ivresse brûlera le vent !
Enflammera la tempête de nos coeurs
Et nos âmes au son du big-bang
Deviendront l'univers d'une nouvelle
D'une poésie où le soleil de nos pensées, ainsi
L'amour brûlera à jamais à travers les astres
¤ Extrait du " Bateau Ivre " de Arthur Rimbaud (1854-1891)