Partager l'article ! Quelques jours à Tanger ...: Parfois à travers le ciel Parfois à travers les rues Je vois un scintillement Surgir ...
Les
étoiles, le ciel et la terre. Les arbres, les fleurs et la mer. Un jour je suis, l'autre j'étais.
Les secondes, les minutes et les heures ...
Je suis le temps parfois qui pleure. Je suis l'instant parfois bonheur. Je suis l'instant parfois douleur.
Une idée, un sourire ou même un rire ...
Je suis les mots que l'on écrit simplement. Je suis les mots pris d'un pouvoir charmant.
Une feuille de papier encore toute blanche. Une plume, un encrier, j'attends qu'il relève sa manche.
Lui qui m'apprivoise, qui me donne la vie !
C'est écrivain qui mot à mot fait de moi une poésie ...
Parfois à travers le ciel
Parfois à travers les rues
Je vois un scintillement
Surgir et disparaître
Qui sait ? Défaut de mon esprit
Sur le port de Tanger
La fête - lueur qui se découpe
Voici l'ailleurs !
Quand je contemple fixement le bleu du ciel, surgit en moi une plénitude sensorielle
frôlant de trop près l'infini insondable.
Quand je perçois longuement l'étrange limpidité de l'azur, il surgit en moi une soudaine envie de fuir tous les murs, m'en aller foi et sauvage vers d'impossibles rivages ...
Je me réveille tous les matins face à la mer.
Si pour une raison quelconque, je dois parfois m'éloigner de ses rives je coure alors vers elle dès que je le peux.
Tous mes sens sont imprégnés de sa voix, de son odeur, de son immensité.
Tanger souffre ...
Légendes et nostalgies l'enveloppe, mythes cosmopolites fait d'intrigues et de trafics qui lui colle à la peau.
Elle est seule face à Gibraltar, ce petit bras où se noie espoir d'eldorado.
On dit que Tanger pleure.
Celui qui ne la connaît pas, et qu'on pleure quand on l'a vue.
On peut la toucher, caresser ses murs épais, effleurer ses portes, gratter aussi sa terre noire, se rouler dans son sable toujours humide.
S'énivrer encore de ses odeurs, de tabac gris, de jasmin et de kif.
Ici, on peut tout essayer, marcher avec un livre à la main, on peut même déplier un vieux plan de la ville pour se donner de l'allure, mais Tanger s'échappe.
Beni Makada, Bir Chifa, les parpaings s'entassent, Tanger est lasse.
Tanger carrefour au centre du Grand Socco d'où s'échappe rumeurs et voitures collées, passent devant le Rif.
Au Café Hafa, gominés et chemises blanches ou paumés, Tanger refait le monde.
Tous regardent les lumières de l'Espagne.
" Le dôme obscur des nuits, semé d'astres sans nombre,
Se mirait dans la mer resplendissante et sombre ;
La riante Stamboul, le front d'ombres voilé,
Semblait, couchée au bord du golfe qui l'inonde,
Entre les feux du ciel et les reflets de l'onde,
Dormir dans un globe étoilé.
On eût dit la cité dont les esprits nocturnes
Bâtissent dans les airs les palais taciturnes
A voir ses grands harems, séjours des longs ennuis,
Ses dômes bleus, pareils au ciel qui les colore,
Et leurs mille croissants, que semblaient faire éclore
Les rayons du croissant des nuits.
L'oeil distinguait les tours par leurs angles marquées,
Les maisons aux toits plats, les flèches des mosquées,
Les moresques balcons en trèfles découpés,
Les vitraux se cachant sous des grilles discrètes,
Et les palais dorés, et comme des aigrettes
Les palmiers sur leur front groupés.
Là, de blancs minarets dont l'aiguille s'élance
Tels que des mats d'ivoire armés d'un fer de lance ;
Là, des kiosques peints ; là, des fanaux changeants ;
Et sur le vieux sérail, que ses hauts murs décèlent,
Cent coupoles d'étain, qui dans l'ombre étincellent
Comme des casques de géants."
Victor Hugo
- Extrait " Les Orientales " -
(Juin 1826)
Nuit de silence à Tanger.
Sur ma table, un sablier.
Je soupire, je m'en empare et le retourne ...