Les
étoiles, le ciel et la terre. Les arbres, les fleurs et la mer. Un jour je suis, l'autre j'étais.
Les secondes, les minutes et les heures ...
Je suis le temps parfois qui pleure. Je suis l'instant parfois bonheur. Je suis l'instant parfois douleur.
Une idée, un sourire ou même un rire ...
Je suis les mots que l'on écrit simplement. Je suis les mots pris d'un pouvoir charmant.
Une feuille de papier encore toute blanche. Une plume, un encrier, j'attends qu'il relève sa manche.
Lui qui m'apprivoise, qui me donne la vie !
C'est écrivain qui mot à mot fait de moi une poésie ...
Plus un propos, au repos
Car les esprits voyagent, sans partage
Car les esprits se croisent
Sans pouvoir s'entendre
Sur une plage de détente
Occupée, par l'indifférence
Puis le monde, a fait un tour encore un tour
J'ai cru qu'il était le même, j'ai cru que j'étais le même ...
Ce qui change compte si peu qui sait même
Si personne l'a vu si moi-même j'en ai rien su

Mes pensées s'arrêtent, heure limpide
Et le bonheur tranquille qui s'installe ...

Seul mouvement sur les arbres
Tout autour de l'étendue repose immobile

La force n'est qu'une apparition
Qui a failli détruire
Nos relations
Dont l'accueil est merveilleux
Malgré les regards
Qui se sont renversés
Parmi les mots, qui fuient

Dans le lointain la brume grossir
On dirait la terre qui fume à grandes bouffées ...
Lumière immortelle dans ce ciel étoilé
Un regard sur la vie, à l'horizon ...
On dirait que tout est vague, tout s'efface

Plus un propos, au repos
Pour apercevoir
Le temps qui passe
A travers des mots, qui se heurtent
A travers des mots
Que j'aurais pu écrire ...

La lune témoin éclaire les visages divins de ciel
Et leurs bouches qui se courtisent
Toute la nuit ils s'aimèrent
Entre leurs chairs de nickel et de cuivre
Leurs sens étourdis s'endormirent
Par le silence fragile et complet
Naviguent leurs ardents voiliers
Et sur la paille endiablée
Ils atteignirent les plus lointaines étoiles
La lune souriait. Des anges de lumière
Enneigeaient le sommeil de leurs pas si légers
Dans la vapeur du soir, ils ferment leurs paupières
Ils se tiennent sur le sable de la mer. Puis je vis monter de la mer une bête qui avait dix cornes et sept têtes, et sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des noms de blasphème.
Mon âme, leurs vies d'un souffle s'est envolées
Ainsi qu'une bulle, dans l'éther ils voltigent
En quête d'infini, loin du mausolée
La fin n'est pas une fin, ils atteignent les vertiges
Ils flottent dans la joie de la simplicité
Tandis que je meurs étouffé par les larmes
Ils goûtent à l'aurore de la félicité
Pourquoi suis-je si noir, malheureux et sans arme ?
hélas ! J'ai cru rêver qu'ils étaient à moi
Egoïste pensée qui me condamnera
Pendant qu'ils frôlaient le parfum de l'émoi
Je veillais sur leurs ombres, et je devinais
Petite fée si bleue, perchée sur ton étoile
Que mon coeur s'est ouvert aux rires et aux promesses
A ta vie d'arc-en-ciel, tissée comme un grand voile
Sur le livre de l'amour que tu appelles sagesse
Ces longues branches retombantes
Modèle mon arbre en une forme affligeante
Puis une barre d'attache relie le discours
Continue, reprise nécessaire
Refus d'identité, refus de passé, si différent de l'attente
J'ai voulu voir la terre !
Et j'ai vu passer en ces ères lointaines
Le temps des créations encore inachevées
Le temps où le silex allumait dans les plaines
Et dans la grotte obscure, une flamme orangée !
J'ai vu le temps, où, allant aux croisades
Pieusement adoubés, partaient les chevaliers
J'ai vu couler le sang, en maintes estocades
Et courir les chasseurs, sous les sombres halliers
Ma pierre est une musique gelée, ces paroles sont le souffle de mon âme
J'ai mis le masque de lune pour aller chercher Colombine
Exilée dans les étoiles presque deux mille ans
Je lui parle de la terre, je lui raconte les hommes
Elle me répond bruit et colère
Elle me dit qu'un oiseau blanc s'est posé
Je garde de cet instant la douceur d'être nid
Et le désir infini de l'arbre d'arracher ses racines
Et d'oublier la terre
Puis, j'ai vu rayonner toute la renaissance
Edifier des châteaux, en la Loire, mirés
Le temps de la fierté, le temps de la vengeance
Le temps des miséreux, à la glèbe, courbés !
J'ai vu au bout du chemin
La terre, souillée par guerres et par feux
Terre imprégnée de sang
Celui des rouges, celui des blancs
Poussière lavée par le temps
Se déferle en ton sein
Le sang blême de tes assassins
Parmi le béton et les murailles
Où le poison t'anéantit doucement
Juste un instant
Calices festonnés, balançés par le vent, parfum léger, par vagues se répandent
Instant blanc
Silence complice, le coeur ouvert grand, le calme glisse
Dans nos yeux sans âge
Instant
Histoire en cage, au bord d'un précipice
Même la craie des poussières laisse des statues
Entre les mailles du parquet
Et les bras d'un fauteuil amputés
Un jour d'applaudissements et puis plus rien
Plus d'ombre, plus de ciel
Seulement, de la poussière grise qui s'agglutine en couches humides
En manteaux poisseux
Sur le visage d'une poupée laissée au hasard d'une dispute d'enfants
Vers le bout du chemin
Il n'y avait rien d'autre que la mer en face
Il n'y avait rien d'autre que ces nuages qui allaient au large
Et que les vagues croisaient
Il n'y avait rien d'autre, c'est vrai, que ces bruits d'oiseaux
Qui n'osaient perturber cet étrange matin que la nuit avait déserté
Je ne voulais être nulle part ailleurs
... Enfin je veux bien croire qu'il n'y avait personne
Rien d'autre qu'une époque au détriment d'une autre
J'écris, j'écris et mes doigts saignent de mots
Le long du jour rêche en bande traîne et amenuise aujourd'hui
Parce que c'est dans cet écart
Que je vois comment se déplie le bout du chemin
Et comment se dépliant il y a ...
Peut-être rien

Parfois à travers le ciel
Parfois à travers les rues
Je vois un scintillement
Surgir et disparaître
Qui sait ? Défaut de mon esprit
Sur le port de Tanger
La fête - lueur qui se découpe
Voici l'ailleurs !
Quand je contemple fixement le bleu du ciel, surgit en moi une plénitude sensorielle
frôlant de trop près l'infini insondable.
Quand je perçois longuement l'étrange limpidité de l'azur, il surgit en moi une soudaine envie de fuir tous les murs, m'en aller foi et sauvage vers d'impossibles rivages ...
Je me réveille tous les matins face à la mer.
Si pour une raison quelconque, je dois parfois m'éloigner de ses rives je coure alors vers elle dès que je le peux.
Tous mes sens sont imprégnés de sa voix, de son odeur, de son immensité.
Tanger souffre ...
Légendes et nostalgies l'enveloppe, mythes cosmopolites fait d'intrigues et de trafics qui lui colle à la peau.
Elle est seule face à Gibraltar, ce petit bras où se noie espoir d'eldorado.
On dit que Tanger pleure.
Celui qui ne la connaît pas, et qu'on pleure quand on l'a vue.
On peut la toucher, caresser ses murs épais, effleurer ses portes, gratter aussi sa terre noire, se rouler dans son sable toujours humide.
S'énivrer encore de ses odeurs, de tabac gris, de jasmin et de kif.
Ici, on peut tout essayer, marcher avec un livre à la main, on peut même déplier un vieux plan de la ville pour se donner de l'allure, mais Tanger s'échappe.
Beni Makada, Bir Chifa, les parpaings s'entassent, Tanger est lasse.
Tanger carrefour au centre du Grand Socco d'où s'échappe rumeurs et voitures collées, passent devant le Rif.
Au Café Hafa, gominés et chemises blanches ou paumés, Tanger refait le monde.
Tous regardent les lumières de l'Espagne.
" Le dôme obscur des nuits, semé d'astres sans nombre,
Se mirait dans la mer resplendissante et sombre ;
La riante Stamboul, le front d'ombres voilé,
Semblait, couchée au bord du golfe qui l'inonde,
Entre les feux du ciel et les reflets de l'onde,
Dormir dans un globe étoilé.
On eût dit la cité dont les esprits nocturnes
Bâtissent dans les airs les palais taciturnes
A voir ses grands harems, séjours des longs ennuis,
Ses dômes bleus, pareils au ciel qui les colore,
Et leurs mille croissants, que semblaient faire éclore
Les rayons du croissant des nuits.
L'oeil distinguait les tours par leurs angles marquées,
Les maisons aux toits plats, les flèches des mosquées,
Les moresques balcons en trèfles découpés,
Les vitraux se cachant sous des grilles discrètes,
Et les palais dorés, et comme des aigrettes
Les palmiers sur leur front groupés.
Là, de blancs minarets dont l'aiguille s'élance
Tels que des mats d'ivoire armés d'un fer de lance ;
Là, des kiosques peints ; là, des fanaux changeants ;
Et sur le vieux sérail, que ses hauts murs décèlent,
Cent coupoles d'étain, qui dans l'ombre étincellent
Comme des casques de géants."
Victor Hugo
- Extrait " Les Orientales " -
(Juin 1826)
Nuit de silence à Tanger.
Sur ma table, un sablier.
Je soupire, je m'en empare et le retourne ...
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